VIVRE ENSEMBLE mais… SOUS LA MER

publié le 11 févr. 2015 à 03:02 par rojoi famille   [ mis à jour : 11 févr. 2015 à 03:47 ]

Les espèces sous-marines, comme les humains, cherchent à s’associer. Ces associations se font pour : obtenir de l’énergie, se nourrir, avoir un habitat, se transporter , éviter les dangers, se reproduire… Elles se font entre espèces différentes (interspécifiques) ou entre mêmes espèces (intraspécifiques).

Les associations décrites dans cet article sont, à une exception près, des associations entre espèces différentes.

 Le plongeur sait déjà :

- que les zooxanthelles s’incrustent dans les coraux ou dans les bénitiers,

- que le poisson-clown aime son anémone,

- que des crevettes font le ménage dans la maison du gobi ou nettoient la bouche du mérou,

- que l’anilocre s’ancre au poisson,

- que le rémora se colle aux poissons.

 

Les associations entre espèces portent des noms divers et « barbares » tels que symbiose, mutualisme, commensalisme, parasitisme, phorésie, inquilinisme…

La différence entre certaines des associations est parfois mince et le classement des associations peut différer d’un biologiste à un autre.

 

I- SYMBIOSE et MUTUALISME

 

1- Coraux et algues

Ces dents de chien « perdues »  en Méditerranée sont des  coraux (embranchement des cnidaires) de couleur jaune-orangé-vert.

Ces dents ne seraient pas colorées sans la présence d’algues appelées zooxanthelles et sans doute n’existeraient-elles même pas.

Cette association entre coraux et zooxanthelles est connue depuis l881, elle est à bénéfice réciproque, vitale pour les deux partenaires et durable. Cette association est une symbiose au sens français strict (cf remarques à la fin du texte).

Les zooxanthelles grâce à l’énergie des photons fabriquent des composés organiques (photosynthèse). Cet apport de composés est essentiel à l’édification du squelette du corail. Elles fournissent également de l’oxygène pour la respiration du corail.

En contrepartie les coraux assurent la protection des zooxanthelles et leur offrent les nutriments dont elles ont besoin spécialement le dioxyde de carbone pour la photosynthèse.

Pour assurer la photosynthèse il faut que les zooxanthelles reçoivent de la

lumière et les coraux doivent parfois adapter leurs formes en branches, en paliers… pour capter cette lumière.

Le stress environnemental (pollution, réchauffement des océans et mers) peut contribuer à l’arrêt de l’association, le corail blanchit et meurt. Les scientifiques se demandent encore : est-ce que l’association prend fin par consentement mutuel, ou le corail répudie-t-il les zooxanthelles ? Ou la zooxanthelle décide-t-elle de quitter le corail (mais attention aux microphages !!)

Le corail va-t-il réellement mourir ou y aura-t-il une autre association ?

 Remarque : cette symbiose est facultative pour les zooxanthelles qui peuvent vivre à l’état libre comme composants du phyloplancton dans les océans.

 

2- Clown dans son anémone

Le poisson-clown se cache dans les tentacules venimeux de l’anémone.

Une hypothèse avancée est celle d’un mucus recouvrant le corps du poisson le

rendant insensible au venin.

L’interdépendance des 2 espèces est moins forte que précédemment, mais l’association est à bénéfice réciproque, durable mais non vitale. Cette association dans laquelle les partenaires tirent profit l’un de l’autre, et cela de façon durable, est du mutualisme.

Le clown utilise l’anémone pour abri et comme garde-manger. L’anémone, piètre nageuse et pratiquement incapable de se défendre, demande protection au clown et s’en sert de  leurre pour attirer des petites proies.

Leur séparation ne met pas en cause leur survie.

 

Dans ces 2 exemples les bénéfices tirés sont divers : apport d’énergie, de nutriments, protection.

 

II- COMMENSALISME

Le commensalisme est une association où les partenaires « partagent la table ».

Dans le milieu subaquatique, c'est généralement à sens unique, l'un des participants (le plus souvent  le plus petit des partenaires) profite des reliefs alimentaires de l'autre.

Les exemples de commensalisme sont nombreux. Il est assez facile d’observer des crabes, des crevettes, des poissons-nettoyeurs qui récupèrent leur nourriture dans les crinoïdes, les gorgones, près des poissons ou sur les poissons…

Le crénilabre à queue noire est le seul poisson-nettoyeur de la Méditerranée. Il peut débarrasser les mérous, les sars, les saupes… de leurs  parasites. Ce déparasitage serait sa seule source de nourriture.

La crevette cavernicole rouge (Lysmata seticauda) est une espèce sciaphile sédentaire de Méditerranée. Elle pratique activement le nettoyage des murènes et des congres avec lesquels elle cohabite dans des anfractuosités rocheuses. Ses grandes antennes blanches constituent un signal de reconnaissance pour ses clients.

(photo : le poisson-chirurgien est attiré par les couleurs d’un petit labre nettoyeur)

 

III- PARASITISME

Le parasitisme est une association dans laquelle un partenaire, le

parasite, s’attache à l’autre partenaire appelé l’hôte. Le plus souvent le parasite ne tue pas son hôte.

Sur la photo ci-contre, le petit crustacé isopode (anilocre) s’est attaché au poisson-faucon, il a pour particularité de se fixer à la tête (opercule) ou à la queue de ses proies.

Il se fixe par des crochets et suce le sang de sa victime. Les dégâts peuvent être les suivants : infection, cicatrice, voire pire, la mort (mais le parasite risque de mourir avec sa proie !!)

Les isopodes ne dédaignent pas, en Méditerranée, les mérous , les sars, les mendoles etc.

Cette association est dite « ectoparasitisme », car le parasite est à l’extérieur de la proie.

Le cas surprenant de la bonellie de Méditerranée est intéressant.

Il s’agit d’une relation intraspécifique ; la bonellie verte femelle, a une trompe qui peut atteindre un mètre. Elle est parasitée par un ou plusieurs mâles microscopiques qui vivent dans sa trompe (association dite « endoparasitisme »). Ces mâles se nourrissent au détriment de la femelle donc il y a bien parasitisme mais ils servent aussi à la reproduction, alors n’y a-t-il que du parasitisme ? !!!!!

 

IV- PHORÉSIE

La phorésie est une association dans laquelle une espèce se laisse transporter par une autre. Elle se produit de façon épisodique.

Le rémora se colle aux raies manta, tortues,

plongeurs grâce à une ventouse sur le haut de sa tête. Il se laisse transporter car il a du mal à régler sa flottabilité.

Le rémora est-il le seul bénéficiaire de l’association ?? Pas toujours car selon certains biologistes il peut manger les parasites collés sur son hôte !!

 

 

V- INQUILINISME

L'inquilinisme est une association entre deux organismes de tailles différentes dans laquelle le plus petit vit à l'intérieur d'une cavité naturelle de l'autre. Cette cavité communique avec le milieu ambiant. L'hôte constitue alors un abri pour l'inquilin qui est censé ne pas nuire à l’hébergeur.

Un premier cas, bien connu,  est celui du petit crabe dans la moule. Ce crabe est censé sortir chercher sa nourriture. En fait le crabe se trouve tellement bien dans la moule qu’il la squatte et lui prend son plancton : alors n’est ce pas aussi du commensalisme ?

Un second cas souvent donné est celui du poisson du genre Fierasfer, qui s'abrite dans le cloaque d'holothuries et sort la nuit chercher sa nourriture. Pour certains biologistes la relation est neutre d’où le terme d’inquilinisme mais d’autres biologistes penchent pour du parasitisme car le Fierasfer n’hésite pas à grignoter des morceaux de viscères de l’holoturie.

 

 CONCLUSION

 Cet article est très loin d’être complet. Il ne traite pas de la prédation (exit la violence dans cet article !!). Mais pour les amateurs de romans noirs, un article spécial « prédation » pourra éventuellement être ajouté. Il ne traite pas non plus des relations intraspécifiques importantes, voire vitales : les relations sexuelles. Celles-ci me semblent tellement complexes dans le milieu marin que je ne propose pas de m’y investir (tant pis pour les amateurs de roman rose !).

Enfin ce qui est traité est sujet à discussion... Soyez donc indulgents !

Gardez à l’esprit que les connaissances sur les différentes associations évoluent au fil des années et que certaines parties de cet article deviennent ou deviendront partiellement fausses (peut-être le sont-elles déjà ?).

 

                                                                Monique pour l’article

                                                                Christian et Monique pour les photos

 

Remarques :

- Le mutualisme est une association à bénéfice réciproque. (Ce terme est né au XXème siècle)

- Le mot « symbiose» a vu sa  définition évoluer au cours du temps. En 1866 Anton du Bary popularise la définition de la symbiose comme étant une association spécifique durable entre 2 espèces.

Actuellement le terme de symbiose peut être employé dans un sens différent suivant  les biologistes.

Il est intéressant de donner ici les définitions de Marc André Sélosse professeur à l’université Montpellier II travaillant, entre autres, au Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive :

 

« Au sens large anglo-saxon : la symbiose est la coexistence entre 2 organismes différents, durable au cours de leur vie.

Au sens strict français : la symbiose est la coexistence entre 2 organismes différents, durable au cours de leur vie  et à bénéfice réciproque. »

 

Sources :

- Sites internet : institut systématique évolution biodiversité, biosubsea (Delaporte), apsavo (Leveau), obsbanyuls, université Pierre et Marie Curie

- Les sites de Denis Ader, Emmanuel Bernier, Marc André Sélosse

- Livre de Denise et Larry Tackett « Reef Life »

 

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